L'origine d'un certain nombre de troubles d'apprentissage (comme les retards de lecture) se situe dans le développement neurologique de l'enfant comme le suggèrent des observations cliniques et des travaux de recherche qui ont établi un lien entre difficultés d'apprentissage, problèmes d’équilibre et persistance de réflexes archaïques (1, 2) .
Que sont les reflexes archaïques?
Il s'agit de conduites motrices automatiques qui apparaissent pendant la vie foetale et sont essentielles à la survie du nouveau-né - par ex. les réflexes de recherche du sein et de succion. Ils se voient de façon évidente pendant les 6 premiers mois de la vie(3), leur recherche systématique fait partie des tests de routine des pédiatres lorsqu'ils vérifient l'intégrité neurologique des nouveaux-nés. Cependant, à mesure que le système nerveux se développe, les réflexes archaïques sont inhibés ou transformés si bien que leur persistance au-delà de l'age de 1 an affecte le développement ultérieur et révèle un trouble neurologique.(4) Plus de 70 réflexes archaïques(5) ont été identifiés que l'on peuvent classer de plusieurs façons suivant leur fonction, le moment d'apparition, ou le type de stimulus qui les déclenche.
Quelques exemples

Certains réflexes sont bien connus et facilement observables, comme le réflexe de préhension où le nouveau-né serre un doigt placé dans la paume de sa main, ou le réflexe de Moro : le réflexe de Moro est déclenché d'habitude par un mouvement soudain de la tête vers l'arrière mais il peut aussi être activé par un changement soudain de lumière, ou un bruit fort. L'enfant réagit en ouvrant les bras et en prenant une brusque inspiration, puis il rapproche les bras l'un de l'autre comme s'il voulait attraper ou embrasser quelque chose.

Habituellement cela s'accompagne d'une flexion des membres inférieurs, extension du dos et pleurs. La force et la symétrie de la réaction sont autant d'indices diagnostiques servant l'examen neurologique du nouveau-né. Le réflexe de Moro ne se rencontre normalement plus après six mois et se transforme en une réaction de sursaut "adulte".
D’autres réflexes archaïques sont moins bien connus, comme le réflexe tonique labyrinthique (RTL) et le réflexe tonique symétrique du cou (RTSC). Le RTL est présent pendant la naissance au cours de laquelle le bébé rentre la tête ou la renverse en arrière, fléchit ou croise les bras, étend ou redresse les jambes. Si le bébé se présente face vers le haut, avant la naissance, la tête pousse contre la colonne vertébrale de la maman, causant de graves douleurs. On peut sentir ce réflexe chez le bébé simplement en appuyant derrière sa tête. Le bébé résiste immédiatement en rejetant la tête en arrière. Vers 3 mois, le RTL permet au bébé de tenir à plat ventre en relevant la tête. Ce réflexe cependant a besoin de disparaître pour que l'enfant puisse se mettre à 4 pattes vers 8 - 9 mois. Si le RTL est toujours présent à ce stade, le bébé est incapable de soutenir son propre poids en tendant les bras et en ramenant les genoux sous le corps.

La transition vers la position à quatre pattes est facilitée par la présence du RTSC qui associe extension des bras et flexion des jambes au même moment. Mais la marche à quatre pattes proprement dite requiert l'inhibition du RTSC car elle exige une combinaison de flexions et d'extensions croisées : flexion du bras gauche et de la jambe droite en même temps qu'extension du bras droit et de la jambe gauche.
La marche à quatre pattes est une étape fondamentale du développement. Elle représente la transition entre les mouvements foetaux et des premiers mois dominés par ces conduites motrices automatiques dits réflexes archaïques à une motricité volontaire qui permet au jeune enfant d'explorer son environnement de façon autonome. Vers douze mois, le bébé qui a commencé sa vie dans un milieu liquide devient prêt à faire ses premiers pas sur la terre ferme.
Persistence de reflexes archaïques
Dans le cadre d'un développement normal, le système des réflexes archaïques est inhibé ou transformé au cours de la première année et un système secondaire de réflexes dits posturaux apparaît. Ce système secondaire forme les bases pour la coordination des mouvements chez l'adulte. Toutefois, des réflexes archaïques peuvent persister chez certains enfants au-delà de la durée normale et retardent alors leur développement.

Par exemple, la persistance du RATC (réflexe asymétrique tonique) du cou va entraîner des problèmes particulièrement nets dans l'apprentissage scolaire. Le RATC est surtout présent dans les trois premiers mois et est déclenché par la rotation de côté de la tête., le bébé étant couché sur le dos. La réaction consiste en une extension ample du bras et de la jambe du côté vers lequel la tête est tournée et une flexion des membres opposés. Le RATC est nécessaire à l'orientation du nouveau-né dans l'espace, et sa présence lors de l'acquisition de la vision de près joue un rôle important dans le développement oculomoteur. Il devrait être inhibé vers six mois et sa persistance est un signe de développement anormal.
La persistance sévère de réflexes archaïques est le signe de problèmes profonds comme dans l'infirmité motrice cérébrale(6) dans laquelle les enfants ont d'extrêmes difficultés motrices et des problèmes de lecture importants malgré un niveau d'intelligence suffisant(7) . Une persistance moins sévère est associée à des troubles moins sévères (comme les difficultés spécifiques de lecture). Le processus d'inhibition des réflexes archaïques au cours des premiers mois reste inconnu mais on pensait jusqu'à maintenant que s'il ne se produit pas dans la toute petite enfance, il ne se produit pas du tout.
Les mouvements du nouveau-né sont très stéréotypés(8) et obéissent aux schémas du système archaïque. Les mouvements précoces du foetus et du nouveau-né, qui étaient auparavant vus comme le résultat passif du câblage neuronal en train de se constituer, sont maintenant envisagés comme interactifs, c'est-à-dire ayant un effet réciproque sur la structure et le fonctionnement du système nerveux central(9). Cela suggère que ce sont en fait les essais et la répétition des mouvements réflexes archaïques qui jouent un rôle dans le processus d'inhibition.
Références
1 Morrison DC. Neurobehavioral and Perceptual Dysfunction in Learning Disabled Children. Lewiston, NY: C.J. Hogrefe, Inc., 1985.
2 McPhillips M, Sheehy N. Prevalence of persistent primary reflexes and motor problems in children with reading difficulties Dyslexia 2004; 10(4): 316-338
3 Capute AJ, Shapiro BK, Palmer FB, Accardo PJ, Wachtel RC. Primitive reflexes: A factor in nonverbal language in early infancy. In : Stark, ed. Language Behavior in Infancy and Early Childhood. North Holland: Elsevier, 1981: 157-161.
4 Holt KS. Child development: Diagnosis and Assessment. London: Butterworth-Heinemann, 1991.
5 Illingworth RS. The development of the infant and young child: Normal and abnormal. Edinburgh: Churchill Livingstone, 1987.
6 Bobath B, Bobath K. Motor Development in the Different Types of Cerebral Palsy. London: Heinemann Physiotherapy, 1975.
7 Seidel UP, Chadwick O, Rutter M. Psychological disorders in crippled children: a comparative study of children with and without brain damage. Developmental Medicine and Child Neurology 1975; 17: 563-573.
8 Thelen E. Rhythmical stereotypes in normal human infants. Animal Behavior 1979; 27(4): 699-715.
9 Prechtl HFR. Continuity and change in early neural development. In: Prechtl HFR, ed. Continuity of neural functions from prenatal to postnatal life. Oxford: Blackwell Scientific, 1984: 1-15.
10 McPhillips M, Hepper PG, Mulhern G. Effects of replicating primary-reflex movements on specific reading difficulties in children: a randomised, double-blind, controlled trial. Lancet 2000; 355: 537-41.
11 Jordan-Black J-A. The effects of the Primary Movement programme on the academic performance of children attending ordinary primary school. Journal of Research in Special Educational Needs 2005; 5(3): 101-111.